« LES PASSANTS » UNE AVENTURE HORS DU COMMUN | www.gctc.ca
 

« LES PASSANTS » UNE AVENTURE HORS DU COMMUN

C’est toujours palpitant de mettre en scène une pièce qui s’inscrit dans un événement hors du commun. Parce que « Les Passants » c’est vraiment un projet unique! Depuis que le Théâtre la Catapulte a créé le « Projet Rideau Project », nous rêvions de créer avec le GCTC. Alors quand Eric Coates, alors nouveau directeur artistique du GCTC, m’a approché pour unir nos efforts dans une coproduction, je n’ai pas hésité un seul instant. Mais afin de rendre à César ce qui appartient à César, je m’en voudrais d’omettre la part importante de Robert Metcalfe, directeur artistique du PTE à Winnipeg dans l’élaboration de ce projet. C’est Robert qui a eu, à la base, l’idée de réunir des compagnies de grandes villes canadiennes qui ne sont pas considérées comme des grands centres – une merveilleuse façon de fêter le 150e anniversaire de notre chère constitution! Chacune des villes (Ottawa, Winnipeg et Edmonton) réunie deux compagnies, une francophone et une anglophone, pour coproduire une création. Chacune des villes a la liberté de la présenter dans la formule qu’elle désire. À Edmonton, le Northernlight Theatre et l’Unithéâtre ont décidé de créer une production bilingue qui jouerait dans chacun de leur théâtre; à Winnipeg, le Prairie Theatre Exchange et le Cercle Molière présentent une version anglophone et une version francophone de la même production dans chacun de leur théâtre; à Ottawa, nous avons eu envie de pousser le risque un peu plus loin en présentant la pièce en français au GCTC avec surtitres anglais.

 

Nous nous sommes dit que dans la Capitale canadienne la plupart des anglophones ont une bonne base de français et qu’il nous fallait plonger dans une aventure qui marquerait le cheminement des deux compagnies. Comme il s’agissait d’un anniversaire important, un « statement » s’imposait pour unir nos deux cultures, briser le mur qui sépare nos deux solitudes!

 

Il nous fallait trouver un auteur qui comprend bien les enjeux du projet, qui connaît bien la nature des deux cultures et qui aurait le goût d’embarquer dans un élan de liberté. Le choix de Luc Moquin s’est imposé de lui-même. Bien que Luc ait évolué artistiquement à Ottawa, il a grandi en Alberta, ce qui fait de lui un artiste qui possède presque génétiquement la compréhension du dilemme des langues officielles de notre pays.

 

Je parlais plus haut de liberté et nous avons vraiment insisté pour que Luc Moquin se sente libre d’écrire ce qu’il voulait. Nous voulions éviter le poids d’une « commande » et lui donner la chance de créer une œuvre personnelle et entière! Et je dois avouer que cette liberté, il en a profité! Rarement voit-on une pièce aussi folle et atypique. Bien que jamais Ottawa ne soit nommée dans « Les Passants », il reste que c’est une pièce vraiment ottavienne. Ottawa est l’élément clef, le personnage principal de son inspiration. Mais comme le disait Michel Tremblay : « Plus tu es personnel et plus tu es universel! ». Bien qu’elle ait un parfum local, la pièce de Luc est en soi internationale! Les personnages pourraient venir de n’importe où et les situations pourraient se passer à Paris, Moscou, Montréal ou New-York! Le mal de vivre et l’intimité des personnages appartiennent, selon moi, au monde occidental en général!

 

Mais qu’en est-il des Passants? Qu’est-ce que c’est au juste?

 

La pièce se situe sur la frontière entre le théâtre psychologique et le théâtre absurde, parfois elle penche d’un côté, parfois elle plonge dans l’autre en nous faisant voyager librement entre le drame et la comédie.

 

Chacune des scènes est une petite pièce en soi. C’est une anthologie de moments de vie, de réflexions, d’instants furtifs, de hasards heureux et moins heureux… Bref, de petits polaroïd captés sur le vif, de petites vignettes rendant hommage au quotidien des petites gens, ceux qui sont dans l’ombre : la majorité silencieuse! On rêve de gloire et de richesse mais ce n’est la plupart du temps qu’un rêve et non une ambition. On a parfois la chance de vivre une existence bénie, sans anicroches, qui se déroule de la naissance à la mort comme une rivière coule librement jusqu’à son grand fleuve… Les personnages des Passants n’ont pas cette chance. Ils sont pris dans un labyrinthe social et émotif qui les empêche d’accéder librement à leur rêve. Ils sont pris dans le carcan de leur existence, pris dans une société de loisirs qui a pris le mauvais chemin, pris dans l’échec d’un contrat social non réalisé ou non réalisable!

 

La multiplication de nos technologies de masse et l’après 11 septembre sont des facteurs qui ont marqué grandement l’évolution du monde occidental! Quelqu’un qui n’a pas de cellulaire est considéré comme un dinosaure. Et pourtant, cela reste tout-de-même une nouvelle technologie! Si tu n’as pas le bon gadget électronique à la mode, tu n’es pas dans le coup! Mais cette technologie se transforme et se multiplie à toute les semaines, on arrive plus à maintenir le cap! Les émissions et les revues spécialisées sur les technologies de masses sont en train de prendre le dessus sur la mode et les potins hollywoodiens. On arrive plus à trouver ses repères dans ces nouveautés imposantes et éphémères. Il devient donc tentant de s’enfermer chez soi comme Annie! Il est plus rassurant de tomber en amour avec l’amour que d’entrer en contact réel avec quelqu’un comme le fait Bertrand! Dans un monde bercé par la solitude, la perte d’un animal de compagnie, c’est la perte d’une grande partie de soi, l’occasion d’une des plus grandes peines de sa vie, comme c’est le cas d’Alice!

 

Annie, Bertrand, Alice et tous les personnages de la pièce sont des « Passants » dans la vie des autres et des « Passants » de leur propre vie! Des « Passants » qui cherchent un sens à leur vie, qui cherchent le petit frisson de vérité qui leur procurera le courage nécessaire pour aller au bout de leur chemin!